Dans les rues de Paris

Publié le par Patrice Alzina

Dans les rues de Paris

Se promener le nez au vent dans les rues de Paris est toujours pour moi un enchantement, une découverte.

Alors suivez-moi dans mes déambulations, à la suite de personnages tout droit sortis de mon imagination...

ou de mes rencontres... allez savoir !

Carrefour Richelieu-Drouot

Carrefour Richelieu-Drouot

Hôtel Drouot

 

Il arrivait toujours par la rue Richelieu,

Traversait d'un pas vif boulevard des Italiens,

Contournait la bouche gourmande du métro

Et s'engouffrait enfin, habitué des lieux,

Sur les trottoirs bordant les logis haussmaniens

Des rupins antiquaires longeant l'Hôtel Drouot.

 

Il portait encor beau son style suranné,

Foulard de soie volant sur le col de velours

De son long manteau brun taillé dans un drap lourd

Entrouvert sur un costume de tweed anglais. 

 

Au carrefour avec la Grange Batelière,

S'ouvre un bistrot dont seul Paris sait les mystères.

Chaque jour il entrait, saluait alentour,

Commandait un café, mordait dans un croissant,

Et s'accoudait au zinc, attendant sans détours

Que s'ouvre le palais des ventes à l'encan.

 

dans le jardin des Tuileries

dans le jardin des Tuileries

A onze heures roulaient les portes à tambour;

Alors il se levait, traversait la ruelle

Et pénétrait la ruche aux multiples merveilles

Offertes à l'envie des chalands alentour.

Il déambulait dans les salles cramoisies,

S'arrêtait devant les galeries exposées,

S'imprégnant de l'atmosphère de frénésie

Qui s'emparait des lieux jusques à la soirée.

 

Mais jamais, non jamais ne faisait une enchère,

Comme craignant de succomber à la passion,

Il fuyait le regard perçant du commissaire

D'un mouvement discret signifiant l'abstention.

 

Alors qu'il était là, comme à son habitude,

Lorgnant d'un oeil expert l'éclat des collections,

Il surprit une femme à la triste attitude

Ne pouvant maquiller toute la distinction.

Elle appuyait sa main au pommeau d'une canne,

Quelques mèches fuyaient de son chignon défait,

Son tailleur paraissait être souvent porté,

Mais relevant le peu d'attrait de cette allure,

La prestance était là, le port et la cambrure,

Rappelant l'orgueil d'une infante castillane.

les vignes de Montmartre

les vignes de Montmartre

Le priseur s'enflammait, les enchères montaient

Sur bijoux et tableaux, meubles et manuscrits;

Elle semblait abandonnée à un ennui

Dont même le marteau frappant ne l'éveillait.

Jusqu'au moment où se montrèrent à la vente

Des plateaux de parures, de bagues et colliers,

Où rutilait parmi les objets de brocante

Une broche arborant un profil en camée.

 

A sa vue, l'endormie sembla reprendre vie,

Un tremblement soudain s'empara de son corps,

La bouche ouverte comme en un discours tari,

Elle semblait damnée par un démon retors.

Et quand vint le moment de la mise aux enchères

Du joyau qui semblait provoquer tant d'émoi,

On put la voir sombrer dans des sanglots amers

Et s'enfuir, claudiquant, comme biche aux abois.

boulevard Saint Germain

boulevard Saint Germain

Quand, à la nuit tombée, quittant l'hôtel des ventes,

Notre homme s'en alla retrouver son troquet,

Il l'aperçut au fond, dans un coin reculé,

Prostrée, lointaine, hagarde, devant un tilleul menthe.

 

Aussi, sans demander nulle autorisation,

Il s'enquit d'une chaise et s'en alla s'asseoir

Près d'elle, sans susciter quelconques émotions

Chez le spectre alangui perdu dans sa mémoire.

 

"Madame" lui dit-il, "Veuillez bien pardonner

Mon effronterie et ma tenue cavalière,

Mais j'étais à Drouot, et je vous observais,

Très ému par votre attitude singulière."

 

Alors, levant vers lui un regard d'outre-tombe,

Les mots comme en torrent trop longtemps retenu,

S'échappèrent soudain en un flot continu;

Elle lui conta son  existence en décombres.

sur les rives de la Seine

sur les rives de la Seine

Elle était jeune, elle était belle

Quand chaque soir à l'opéra

Elle était de ces demoiselles

Qui, d'abord comme petit rat,

Et puis quadrille ou coryphée,

Consacraient leur vie au ballet.

Chaque nuit, après le spectacle,

Elle découvrait dans sa loge

Un cadeau venu par miracle

Dire en silence son éloge.

C'étaient quelques fois quelques fleurs,

Un dessin juste crayonné,

Un coffret rempli de douceurs,

Un ruban joliment noué.

Mais jamais rien qui put lui dire 

Par quel deus ex machina

Ces présents faits pour la ravir

Etaient parvenus jusque là.

Jusqu'au jour où, sur sa coiffeuse,

Elle découvrit ce camée,

Et la silhouette flatteuse

De son profil sur lui gravé.

 

Et c'est aussi ce même soir

Que se produisit l'accident

Qui mit fin à tous ses espoirs

D'étoile en haut du firmament.

 

Elle passa sans s'appesantir,

Sur les lustres qui succédèrent,

Durant lesquels la bayadère

S'endurcit pour ne point périr.

Jusqu'à présent elle avait pu

Garder en ultime relique

De ses fantasmes révolus,

La broche, mais nécessité

De survivre en restant pudique,

L'obligeait à s'en séparer.

quelque part au coin d'une rue ...

quelque part au coin d'une rue ...

Et puis comme troublée par trop de confidences,

La voici qui se tait, retrouvant le silence

Et la mine abattue semblant son ordinaire,

Comme un lampion mourant par un drap recouvert.

 

Alors, l'homme avança, glissant dessus la table,

Son bras au poing fermé qu'il ouvrit lentement,

Et dans sa paume offerte en écrin remarquable,

Scintillait le bijou dont il lui fit présent.

 

Et le temps suspendit son envol à l'instant

Où les yeux incrédules virent que l'annulaire

Du généreux quidam portait en chevalière

Gravé sur un camée, son visage d'antan ...

Dans les rues de Paris

Voilà...

Peut-être que tout comme moi, en croisant des inconnus dans la rue, votre imagination vous fera inventer ce que pourrait être leur vie ...

C'est aussi cela la Poésie !!

Dans les rues de Paris

Textes:  Patrice Alzina

Photos:  Catherine et Patrice Alzina

A bientôt les amis !!!!!!!

Dans les rues de Paris

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